Quand un envahisseur est envahi à son tour (Juillet, août et septembre 2017)

La problématique des espèces invasives avait été abordée pour la première fois dans la Page de Faune et Flore n° 3 de février 2016. Pour rappel, les espèces invasives sont des espèces déplacées d’une aire géographique à une autre, qui se sont acclimatées dans leur nouveau milieu, s’y sont reproduites de manière autonome et s’y sont répandues si massivement qu’elles posent un problème au fonctionnement de l’écosystème.

Il y a plusieurs dizaines d’années, quasiment tous nos plans d’eau habituels ont été envahis par la moule zébrée dont le nom scientifique est Dreissena polymorpha. Elle nous est aujourd’hui tellement habituelle en plongée que nous n’y prêtons plus attention et que nous avons même oublié son caractère invasif. Aujourd’hui, sous nos yeux, nous pouvons assister à l’envahissement de cet ancien envahisseur par un nouvel envahisseur : la moule quagga dont le nom scientifique est Dreissena bugensis. Nous allons nous intéresser à ces deux espèces de moules d’eau douce et apprendre comment les différencier en plongée.

La moule zébrée (Dreissena polymorpha)

Dreissena polymorpha est un mollusque bivalve. La coquille mesure de 2 à 3 cm de long et est couverte de zébrures d’où l’appellation de moule zébrée.

Comme la moule marine, elle dispose d’une glande, le byssus, qui sécrète des filaments qui se solidifient dans l’eau et lui permettent de se fixer sur un substrat dur. Elle se nourrit principalement de bactéries, d’algues bleues, de petites algues vertes et de particules très fines de détritus. Elle aspire l’eau par un siphon, filtre la nourriture en suspension et expulse l’eau filtrée par l’autre siphon.

La moule zébrée a pour origine les eaux douces des bassins de la Mer Caspienne et de la Mer Noire. Voyageant sur les coques et dans les eaux de ballasts des bateaux, elle s’est rapidement répandue en Europe de l’Ouest puis aux États-Unis et au Canada. Sa capacité de dispersion est exceptionnelle grâce à une forte fécondité, à une capacité importante de dérive des larves et des juvéniles et à une très forte résistance aux toxines.

La moule zébrée peut former des « récifs » d’une densité jusqu’à 20 000 moules par mètre carré. De tels envahissements causent de graves problèmes économiques en obstruant des conduites d’eau, en bloquant des écluses ou en rehaussant des radiers. Au plan biologique, la moule zébrée peut supplanter puis éliminer les espèces moins résistantes qu’elle.

Dreissena polymorpha e, Tournai Barges, 170528

Moules zébrées dans la carrière de Barges à Tournai

Dreissena bugensis b, Froidchapelle Barrage de l'Eau d'Heure, 180722

La moule quagga (Dreissena bugensis)

Cette espèce est originaire, comme la moule zébrée, des bassins de la Mer Noire et de la Mer Caspienne. En Amérique du Nord, sa première mention date de 1989 dans le lac Erié entre les Etats-Unis et le Canada. Depuis, elle a complètement envahi tous les Grands Lacs, le fleuve Saint-Laurent et de nombreux affluents. L’extension de son aire de répartition se poursuit implacablement d’année en année.

En Europe, au début des années 2000, la moule quagga s’est d’abord disséminée en Europe de l’Est avant d’être observée en Europe de l’Ouest, notamment en Allemagne. Depuis 2006-2007, elle est signalée aux Pays-Bas et en Belgique. Si nos carrières habituelles de Barges, de Dour et de Maffle sont encore protégées, l’envahissement est spectaculaire au Barrage de l’Eau d’Heure : un sondage effectué à la mi-juin 2017 sur quelques bancs de moules entre la surface et 20 m conduit à estimer la proportion de moules quagga à plus de 95 % ! Il ne resterait que moins de 5% de moules zébrées dans cette zone !

La moule quagga et la moule zébrée sont très proches, tant au point de vue morphologique qu’écologique. Elles se développent dans des habitats très semblables et ont aussi des impacts écologiques et économiques comparables. Cependant, la moule quagga parvient à occuper des substrats meubles comme le sable et même la vase. Elle tolère encore mieux que la moule zébrée les périodes de disette, de plus grandes profondeurs, des eaux plus froides et plus polluées. La taille moyenne des moules quagga est supérieure à celle des moules zébrées, la croissance est plus rapide et la reproduction commence plus tôt dans l’année.

C’est pourquoi lorsque la moule zébrée et la moule quagga sont présentes sur le même site, la seconde tend la plupart du temps à supplanter la première.

Dreissena bugensis a, Froidchapelle Barrage Eau d'Heure, 170618

Moules quagga au Barrage de l’Eau d’Heure

Dreissena bugensis a, Froidchapelle Barrage Eau d'Heure, 170618

Comment différencier moule zébrée et moule quagga pendant nos plongées ?

Même si la moule zébrée, Dreissena polymorpha, tend à être généralement entièrement striée de brun et si la moule quagga, Dreissena bugensis, tend à présenter de larges zones blanches sans rayure surtout près de la charnière, les deux espèces de moule présentent toutes les deux des variations importantes de forme générale, de couleurs et de zébrures. Comment, alors, les différencier lors de nos plongées ?

Quatre critères vont nous y aider :

La moule zébrée (Dreissena polymorpha)

La moule quagga (Dreissena bugensis)

Critère n° 1 : La ligne de jonction ventrale des deux coquilles est droite chez la moule zébrée alors qu’elle présente des arrondis chez la moule quagga.

Critère n° 2 : Les filaments qui permettent à la moule de s’accrocher partent du milieu de la face ventrale chez la moule zébrée alors qu’ils partent plus près de la charnière chez la moule quagga.

Critère n° 3 : La coquille de la moule zébrée présente un arrondi externe régulier tandis que la coquille de la moule quagga présente un petit renfoncement arrondi

Critère n° 4 : Quand on pose une moule zébrée sur sa face ventrale, elle reste stable. Quand on pose une moule quagga sur sa face ventrale, elle bascule sur elle-même car cette face ventrale est légèrement courbée.

Maintenant que vous êtes informés de ce combat pour l’occupation de l’espace de vie que se livrent la moule zébrée et la moule quagga, vous pourrez suivre en direct lors de vos prochaines plongées l’évolution de la situation dans nos carrières et plans d’eau habituels.

Les informations relatives à la moule zébrée, Dreissena polymorpha, ont été largement inspirées par les sites :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Moule_z%C3%A9br%C3%A9e
http://doris.ffessm.fr/Especes/Dreissena-polymorpha-Moule-zebree-152

 Les informations relatives à la moule quagga, Dreissena bugensis, ont été largement inspirées par les sites :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Dreissena_bugensis
http://doris.ffessm.fr/Especes/Dreissena-bugensis-Moule-quagga-4007

Cette dernière référence a été réalisée par un ami, Pierre Marlière, instructeur Cmas Océanologie et vice-président de l’école de plongée Grasm à Lessines. Je vous invite à visiter son blog https://plus.google.com/u/0/+PierreMarliere

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