Le labre nettoyeur (Novembre et décembre 2016)

Nous allons nous intéresser dans cette page à un poisson que tout plongeur en Mer Rouge ou dans l’Océan Indo-Pacifique tropical a immanquablement rencontré : le labre nettoyeur. Il répond au nom scientifique de Labroides dimidiatus.

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D’une taille adulte moyenne d’environ 10 cm, le labre nettoyeur a le corps allongé de couleur gris jaunâtre au niveau de la tête et sur le dessus. Il a une bande longitudinale noire qui part du museau et qui s’élargit vers la queue. En-dessous de cette bande, le corps est bleu clair et le ventre est blanc. Le juvénile est de dominante noire avec une ligne bleu vif sur le dos. Il faut savoir que certaines zones du corps des poissons sont dépourvues de protection contre les parasites : les écailles, les branchies, la bouche, les nageoires et les espaces entre les écailles. Certains petits crustacés en profitent et parasitent alors leur hôte qui ne peut rien contre eux. Le labre nettoyeur va constituer une aubaine pour l’ensemble des poissons du récif car il va les débarrasser de leurs parasites et de leurs vieilles peaux.

Pourvu de couleurs lumineuses, le labre nettoyeur va attirer le regard des poissons parasités par une nage sautillante qui contraste avec la nage habituelle des autres poissons. Il va ainsi les attirer dans de véritables stations de nettoyage où ils pourront se faire déparasiter. Ces stations de nettoyage sont tenues par un couple d’adultes, par un groupe de juvéniles ou par un mâle dominant avec les 6 ou 7 femelles de son harem. Les poissons expérimentés qui viennent s’y faire soigner prennent une posture légèrement inclinée vers l’arrière, ils écartent leurs nageoires et ouvrent la bouche, certains changent même de couleurs.

Dans une station de nettoyage, les labres nettoyeurs peuvent pratiquer jusqu’à 2.000 interactions par jour ! Ils proposent également à leurs « clients » des massages qu’ils prodiguent avec leurs nageoires pectorales et ventrales, en se plaçant sur le dos de leur client. Les relations entre les labres nettoyeurs et leurs clients ont fait l’objet de recherches récentes et ces recherches ont livré des résultats surprenants quant à une forme d’ « intelligence sociale » des poissons.

Labre nettoyeur déparasitant un mérou de Méditerranée

Labre nettoyeur déparasitant une murène léopard

Tout d’abord, les chercheurs ont effectué des prises de sang à des poissons régulièrement massés. Ces poissons régulièrement massés ont des taux de cortisol, l’hormone du stress, plus bas que les poissons non massés. Dans les stations de nettoyage, non seulement, les poissons sont déparasités mais ils retirent de leurs massages un bien-être évident.

Mais il y a encore plus surprenant. Les labres ont une forte envie de manger le mucus, ce gel insoluble qui enduit la peau des poissons et les rend glissants, diminue les frottements avec l’eau, les rend difficiles à attraper par les prédateurs, protège leur peau des infections, des agressions chimiques et des coups de soleil. Or, si les labres ont envie de manger le mucus, les clients ont évidemment intérêt à ce que le nettoyeur ne le mange pas : le mucus est fort utile et les morsures désagréables. Il y a trois sortes de clients, avec lesquels les labres nettoyeurs adoptent des stratégies différentes :

Les prédateurs. Ils sont capables de manger le labre nettoyeur s’ils ne sont pas contents de ses services. Les labres sont très coopératifs avec ces clients dangereux : ils ne mangent pas leur mucus et leur prodiguent de nombreux massages.

Les résidents. Ces poissons se déplacent peu et donc n’ont à leur disposition qu’une seule station de nettoyage. Leur seul moyen pour obtenir un bon service est de punir le labre si le service est mauvais. Aussi tancent-ils les mauvais nettoyeurs : ils les poursuivent en leur donnant des coups. À la visite suivante d’un résident les ayant réprimandés, les labres sont généralement aux petits soins : ils ne mangent pas leur mucus et leur prodiguent de nombreux massages.

Les visiteurs. Ces poissons se déplacent beaucoup et peuvent donc mettre en concurrence plusieurs stations de nettoyage. S’ils ne sont pas contents du service, ils s’en vont simplement et fréquentent une autre station.

Les relations des labres nettoyeurs avec les visiteurs sont complexes. En premier lieu, on observe que les labres offrent un meilleur service aux visiteurs familiers qu’aux visiteurs inconnus. Ils choient leurs habitués. À l’inverse, décevoir un client de passage est moins grave, semble-t-il, pour les affaires. Souvent, lorsqu’un labre nettoyeur toilette un poisson, le client suivant est déjà présent et observe le labre au travail, très attentif à ce qu’il voit. Si le service a été bon, il aura tendance à inviter le nettoyeur à interagir ; si le service a été mauvais, il a tendance à renoncer à interagir avec le nettoyeur.

Les labres nettoyeurs sont donc sensibles au fait d’être observés : sous le regard du client suivant, ils vont donner un bon service pour que le client en question ne parte pas.

Il y a même des variations selon le type de poisson observateur. Si ce dernier est un résident, les labres nettoyeurs ne font pas d’effort particulier : puisqu’il s’agit d’un client captif, il ne risque pas de partir à la concurrence. En revanche, quand l’observateur est un visiteur, les labres nettoyeurs redoublent d’efforts, ne mordent pas, massent le client : ils font en sorte de convaincre le visiteur de la qualité générale de leur service.

Tout ceci évoque de façon très évidente certaines pratiques commerciales humaines. Les labres nettoyeurs nous ressembleraient-ils ? Ou serait-ce nous qui leur ressemblerions ? La question restera ouverte…

Les informations relatives au labre nettoyeur ont été inspirées par les sites
https://fr.wikipedia.org/wiki/Labroides_dimidiatus
https://www.reef-guardian.com/labroides-dimidiatus-53-poisson-marin.html
https://www.aquaportail.com/fiche-poisson-599-labroides-dimidiatus.html.
Les informations relatives à l’intelligence sociale des poissons ont été inspirées par le site http://www.l214.com/poissons/intelligence-et-vie-sociale

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Les espèces invasives (Février – mars 2016)

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